
Selon un sondage Ifop réalisé pour l'Humanité le 31 juillet dernier, 42 % des français ne partent pas en vacances cet été. Ils étaient 32% à rester chez eux l'été dernier. Pour ceux qui voyagent tout de même, l'heure est à la réduction des dépenses. Une fois le transport payé, qu'il s'agisse d'un billet d'avion ou d'un demi-plein d'essence, hausse du carburant oblige, il reste peu dans le portefeuille. Les touristes rognent donc sur le moindre coût superflu. Symptôme de la baisse du pouvoir d'achat, les terrasses des restaurants sont délaissées au profit des pique-nique et autres snacks, plus économiques.
Sur le petit port de Martigues, la « Venise provençale », une dizaine de restaurants proposent des spécialités locales. Pour dîner, vous avez l'embarras du choix : Bien que les menus soient alléchants et les tables joliment dressées, les touristes ne jettent qu'un œil distrait en passant sans même s'arrêter. Pour les trouver attablés, il faut faire quelques mètres de plus : brasserie, pizzeria, snack, ce sont les établissements de restauration rapide, donc bon marché, qui les attirent. « Ben voilà, 8 euros la pizza, c'est quand même mieux que la bouillabaisse à 25 euros. Allez, on s'prend une table » ordonne une mère de famille avec l'accent parisien.
A quelques kilomètres de là, sur la plage, c'est la même histoire : si la terrasse du restaurant étoilé avec vue sur la mer est toujours vide à 20 heures, c'est parce que tout le monde est assis juste en-dessous, sur le sable : bande de jeunes qui jouent au foot en piochant dans des barquettes de frites, couple d'Italiens qui passent des thermos à leurs enfants en maillots, et les innombrables tantes et grand tantes d'une famille du coin, venues avec leurs non moins innombrables paniers, dont elles sortent, une profusion de tomates, de pains et de saucissons.
Mais la tradition du pique-nique, autrefois réservée aux jeunes et aux familles d'autochtones, se répand de plus en plus. Même les cadres et les ménages aisés, qui ne regardaient pas à la dépense l'an dernier, sont obligés de commencer à compter. Dès 9 heures du matin, alors que les grilles du supermarché du centre commercial ne sont pas encore ouvertes, plus de quarante personnes sont dans les starting blocs, caddies en mains. Un lot de deux beignets à 1 euro 50 en guise de petit déjeuner pour un couple venu en Audi TT ; du pain de mie et 4 tranches de jambon cru pour le déjeuner d'un jeune homme en bermuda et sa copine en robe courte qui demande si elle peut payer en carte Gold ; un pack de Coca-Cola avec des biscuits pour un groupe d'amis. « On viendra tous les matins choisir nos casse-croutes de l'après-midi parce que si on les achète à l'unité sur la plage, on va se ruiner » décrête celui qui semble chargé de la cagnotte commune.
A 10 minutes de là, encadré par des restaurants déserts, le snack de la plage ne désemplit pas : les tables en plastique vert sont toutes occupées et la file d'attente grossit à vue d'œil. Hot dogs à 3 euros 50, barquettes de frites à 2 euros, glaces à partir de 2 euros, salades complètes à 6 euros, ou pour les plus gourmands et les plus riches, une formule marmite de moules-frites/boisson à 8 euros.
Le gérant, qui s'occupe de la « boutique » avec ses filles et ses gendres est ravi « Vraiment, c'est une bonne saison. On a toujours du monde ! Les touristes regardent les prix du restos à côté, mais ils se rabattent chez nous ou ils achètent de quoi manger et vont s'installer sur la plage. Malgré le mistral, le parking est presque plein tous les soirs depuis le début du mois. On a tellement de clients que même ma fille enceinte nous donne un coup de main. Si ça continue comme ça, même le bébé va devoir venir travailler ici ! » dit-il en gardant un œil amusé sur les steacks surgelés en pleine cuisson. Si l'inflation peut faire au moins un heureux, c'est déjà ça...



